Millésime 2007 : A bas la morosité !Depuis le 15 mai, chaque bilan de mois passé laisse la part belle à la morosité et au pessimisme concernant les perspectives du millésime 2007. Le ressenti négatif de chacun d'entre nous, conditionné par l'été plutôt frais et régulièrement ponctué de précipitations, est largement exagéré et les vignerons consciencieux réaliseront de très beaux produits. Pour s'en convaincre il suffit de faire le point sur les données climatiques du millésime et parcourir quelques rangs de vignes bien préparés en goûtant les raisins.
Un été aussi frais que 2002 après un début de printemps beaucoup plus doux.
Tout le monde s'accorde sur le fait que le mois d'avril 2007 était le mois le plus doux du printemps avec une somme de températures en base 10 (zéro végétatif de la vigne) à la fin du mois atteignant 266°C contre 236°C en 2003 et seulement 113°C en 2004. La végétation a débourré très rapidement et l'on se voyait déjà reparti pour un 2003 bis. C'était sans compter sur les mois de mai, juin et juillet dont les cumuls de températures étaient beaucoup plus proches de 2002 que de 2003. En effet alors que la vigne bénéficiait d'une somme de températures en base 10°C de près de 950°C en 2003, cette dernière n'atteignait que 745°C en 2002 et 763°C en 2007. Comme nous, la vigne a eu froid au printemps, très souvent avec les pieds dans l'eau faisant apparaître régulièrement des rougeaux symptomatiques d'asphyxie racinaire et des faciès chlorotiques même sur les sols non calcaires.
Dans ces conditions, nous nous attendions à une floraison catastrophique, comme en 2002 d'ailleurs. Il n'en fut rien, certes le taux de millerandage a été localement significatif et les queues de floraison très longues, mais le taux de nouaison fut globalement correct. Sur les vignes les plus faibles on observa une coulure modérée et régulière, particulièrement appréciée après les grossissements consécutifs aux précipitations de la dernière décade d'août.
Un mildiou exceptionnellement virulent
La lutte incessante contre le mildiou a commencé avec les premiers jours de mai. La fréquence particulièrement soutenue des précipitations entre le 1er mai et le 31 juillet a maintenu une pression du champignon exceptionnelle.
Millésime | 2000 | 2002 | 2003 | 2005 | 2007 |
Nombre de jours avec des précipitations entre le 1er mai et le 31 juillet | 34 | 32 | 25 | 20 | 50 |
Alors que la plupart pensait que le volume était assuré après la nouaison, la fréquence des précipitations et la baisse d'efficacité sur grappes des produits à base de fosétyl réserva quelques surprises à partir du 20 juin avec le développement parfois dramatique du Rot brun. Certaines parcelles subissaient donc déjà un éclaircissage pas toujours très bien dosé avant la fermeture des grappes. Même si les cumuls de précipitations de 2007 ne font pas partie des records, leur fréquence permit le développement d'une pression de mildiou exceptionnelle, peut-être la plus forte depuis 1977. Mais la comparaison entre 1977 et 2007 doit s'arrêter là !
Un bilan hydrique climatique étonnamment déficitaire
Il est aujourd'hui admis que le déficit hydrique climatique représente le facteur clef définissant le potentiel intrinsèque d'un millésime. Le modèle de bilan climatique intègre les apports d'eau sous forme de précipitations et les pertes d'eau par le biais de la transpiration de la vigne et du sol. Ce modèle est un bilan climatique, il ne fait donc intervenir ni le mode de conduite de la vigne ni les modalités d'entretien des sols. Il a le mérite de faire ressortir les tendances de chaque millésime et ainsi de pouvoir les comparer.
Malgré un nombre de jours de pluie très supérieur à 2002 et 2000 (51 jours entre le 1er mai et le 31 juillet contre 32 et 34 jours) le bilan hydrique de 2007 à la fin du mois de juillet est très proche de celui de ces deux millésimes. A cette date, le déficit hydrique est modéré, parmi les moins contraignants des 8 derniers années mais beaucoup plus déficitaire qu'en 1992 (millésime peu qualitatif de référence).
Jusqu'au 20 août, 2007 demeure très proche de 2000 du point de vue hydrique, avec un déficit plus marqué qu'en 2002.
A cette date, il n'est pas rare d'observer sur la plupart des terroirs qualitatifs des signes très nets de contraintes hydriques qualitatives. Comme le laissait supposer le bilan hydrique, il a suffit d'une quinzaine de jours sans pluie en août pour faire apparaître ces contraintes hydriques post-véraison très qualitatives. Ces symptômes (jaunissements basaux, arrêt de croissance) salvateurs étaient visibles aussi bien sur la rive gauche que sur la rive droite.
La troisième décade d'août 2007 est semblable à celle de 2002 à savoir très pluvieuse avec des cumuls de précipitations proches de 100mm sur tout le département. Ces précipitations sont moins néfastes sur l'épaisseur des pellicules qu'en 2002 car elles surviennent sur des raisins plus mûrs, le cycle de 2007 étant plus précoce que celui de 2002. Les pellicules sont d'ailleurs étonnamment épaisses. Ces précipitations en cours de maturation permettent néanmoins une reprise de croissance sur la majorité des terroirs, favorisent un grossissement des baies excessif et le développement de foyers de botrytis sur les vignes vigoureuses.
Le comportement hydrique très favorable autour de la véraison est confirmé par les mesures de Delta C13 sur les sucres réalisées à la fin du mois daoût. On obtient des valeurs entre -21,9 et -23,5 sur les sols graveleux superficiels des terrasses quaternaires. Les niveaux de contraintes révélés par ces mesures sont très qualitatifs et permettront une concentration phénolique des pellicules prometteuse sur les terroirs les plus séchants. La période de contrainte plus tardive et plus courte que sur les millésimes 2003, 2005 et 2006 implique une maturité des pépins un peu plus lente compensée par leur faible nombre (souvent seulement 2 pépins par baies, en relation avec les conditions de floraison difficiles).
A ce stade, une fin de saison assez sèche pour limiter le développement du botrytis, faire dégonfler les baies et attendre une maturité phénolique avancée, sera suffisante pour réaliser un beau millésime.
Ce qui risque de faire la différence en 2007
Le potentiel intrinsèque du terroir
2007 sera vraisemblablement un millésime de grands terroirs. Les sols ayant permis une contrainte hydrique qualitative seront moins nombreux qu'en 2000, 2003, 2005 ou 2006.
La nécessité de travaux en vert colossaux
La fréquence des précipitations entre mai et juillet a permis une pousse importante des vignes et notamment des entrecoeurs. Alors que ces derniers étaient très peu développés depuis 2003 et 2005 avec des contraintes hydriques précoces récurrentes, ils ont considérablement dégradé le microclimat des grappes cette année ! Leur suppression s'est avérée très judicieuse même sur les cépages blancs. De la même façon les effeuillages ont été salvateurs et participeront à diminuer les notes végétales et à reconcentrer les baies pour peu que le vent d'est de la première décade de septembre perdure.
Le temps frais de juin et juillet n'a pas permis de diminuer, lors de la véraison, l'hétérogénéité observée à la floraison. Dans ce contexte, les travaux d'éclaircissage complémentaires en fin de véraison s'avèreront certainement judicieux pour améliorer l'homogénéité de la maturation.
La somme de températures assez faible ne permettra pas une maturation, même technologique, suffisante sur les vignes trop chargées. Les rendements modérés seront particulièrement utiles en 2007 pour atteindre une maturité optimale. En 2002, la nature avait décidé à la place du vigneron avec des rendements naturellement faibles.
Une stratégie phytosanitaire sans faille
Etant donnée la très forte pression mildiou, l'efficacité des feuillages en fin de saison sera variable selon la plus ou moins bonne maîtrise du champignon. Elle s'est avérée très variable selon les propriétés et les secteurs. La qualité des feuillages est d'autant plus importante cette année que le rayonnement solaire, plus faible que sur les derniers millésimes, favorisera les rapports feuille/fruit importants.
Une stratégie de vendange tardive
Le cycle de la vigne, très précoce en début de saison, s'est nettement ralenti avec le déficit de chaleur pendant l'été. Les températures fraîches et les contraintes hydriques d'intensité et de durée modérées permettront certainement une maturité technologique assez proche de la maturité phénolique. Il faudra néanmoins être patient pour atteindre une maturité des pellicules satisfaisante sur la majorité des parcelles. 2007 devrait être un millésime avec une belle intensité aromatique, les moûts de blanc sont superbes mais, les vendanges à partir du 5 septembre devraient offrir des résultats largement supérieurs aux vendanges plus précoces.
Enfin
2007 risque d'être jusqu'à la fin un millésime difficile pour les nerfs, sans répit. Il laissera des traces dans les mémoires. Le temps passé dans les vignes, parfois sous la pluie et la patience pour les vendanges feront la différence ! Certaines bouteilles, c'est sûr, auront leur place dans la cave!
L'Equipe SOVIVINS